Les Hôtesses d’Hilaire


Moncton, N.-B.

On n’a jamais voulu trop juste écrire des musiques politiques. Il y a un moment donné où ça tirait un peu trop vers le politique, mais on ne veut pas trop faire ça quand même […] Il y a des choses qu’il faut dénoncer, mais faut pas que ça devienne juste ça […] C’est stimuler la pensée critique. – Les Hôtesses d’Hilaire

En 2014, le groupe lance son deuxième album, Party de ruisseau, et atteint les demi-finales des Francouvertes de Montréal. Un an après le lancement de leur troisième album, Touche-moi pas là, la formation néo-brunswickoise a été finaliste au Gala de l’ADISQ 2016 avec ce plus récent opus dans la catégorie Album de l’année alternatif en plus de récolter quatre nominations aux Prix de la musique de la côte Est.

Moncton Toronto 1,535 km km 1,535 Moncton 450 km 2,262 km St-Claude km 2,079 Winnipeg 1,614 km Meteghan 3,476 km Edmonton

Photoreportage

Accueil acadien


De passage au Nouveau-Brunswick, on découvre une parcelle de Moncton, plaque tournante de la musique acadienne, au bras des Hôtesses d’Hilaire. Nos hôtes répètent dans leur local habituel et on déambule dans les rues de la ville. On fouine au magasin de vinyles Spin-it avant de lever un verre à notre visite au bar Laundromat, lieu de rencontre des musiciens du coin.

Redressez votre siège et bouclez votre ceinture

Pascal Raiche-Nogue

Les Hôtesses d’Hilaire sont de drôles de bêtes. Des bêtes de scène, plutôt. On ne peut vraiment les comprendre tant qu’on ne les a pas vues se produire en spectacle.

Leurs albums sont très bien. N’allez pas croire le contraire. Leurs enregistrements, rétro et travaillés, tiennent la route. Franchement (et c’est un compliment), leur son a l’air tout droit sorti des années 1970.

La basse est onctueuse, un peu étouffée. La guitare part dans toutes les directions et a parfois des accents country. Quant aux claviers, ils tonnent et évoquent les années de gloire des orgues rock.

Les réalisateurs avec qui les membres du groupe ont travaillé ces dernières années (dont les artistes acadiens Pascal Lejeune, alias Thomé Young, et Pierre-Guy Blanchard) ont fait de leur mieux. Dans l’environnement feutré des studios, ils ont réussi à encapsuler la folie des Hôtesses.

La tâche a dû être lourde, parce que ce groupe est vraiment au sommet de sa forme lorsqu’il se produit sur scène.

Parlons d’abord de Serge Brideau, l’âme des Hôtesses. En entrevue ou lorsqu’on le croise dans la rue, il peut avoir l’air calme et posé. Son imposante carrure est impressionnante, mais il n’est pas du genre à trop déranger.

Rendu sur les planches, c’est une tout autre histoire. Il se métamorphose. Avec quelques shooters de whiskey dans le corps, il enfile des robes et il se lâche lousse, comme on dit dans sa Péninsule acadienne natale.

Il devient soudainement charismatique, drôle, déjanté. Il gueule ses paroles en gesticulant comme s’il avait le diable dans le corps. La sueur perle sur son front. Ses mains tremblent.

Il n’est pas rare qu’il finisse le show en sous-vêtements. La foule se demande ce qui se passe et hésite entre le repli et l’abandon. Les organisateurs de l’événement, s’ils ne connaissent pas le groupe plus qu’il le faut, angoissent en voyant tout ça.

Ses comparses, Maxence, Michel, Mico et Léandre, ont beau être un peu plus calmes que lui, ils ne laissent pas leur place pour autant. D’excellents musiciens, ils tiennent bon pendant que Serge Brideau se démène sous les projecteurs.

Ensemble, ces artistes donnent tout un show. Si vous êtes chanceux, vous les verrez porter des costumes spéciaux, comme ils le font de temps en temps.

Ces dernières années, ils ont notamment joué sur la thématique de la Déportation des Acadiens de 1755. C’est ce qu’ils ont fait lors du grand spectacle du 15 août 2016 à Moncton.

Serge était déguisé en Évangéline, la célèbre héroïne acadienne fictive tout droit sortie d’un vieux poème de Longfellow. Les autres portaient les tuniques rouges des soldats anglais. Un ami du groupe était déguisé en Gabriel (l’amant d’Évangéline) et dansait sur scène.

Il faut aussi mentionner les paroles des Hôtesses, qui sont un peu dans l’ombre de son leader et auteur, Serge Brideau. Son univers poétique est on ne peut plus varié. Sans surprise, il aborde des thèmes revisités cent fois dans le rock. Il parle d’alcool, de drogues, de sexe. Il nous invite dans party de plage imbibé d’acide et nous raconte l’histoire d’un dur au coeur tendre (qui ressemble étrangement à Éric Lapointe).

C’est son côté givré. Mais il a plus d’une corde à son arc. Au-delà de la débauche, Serge sait mettre le doigt sur les enjeux sociaux et politiques brûlants de son époque.

Dans « David Awkward » (qui se traduit à peu près par « David Malaise »), une pièce composée à l’époque où le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward ouvrait grande la porte du Nouveau-Brunswick à l’industrie du gaz de schiste, il s’intéresse à l’environnement.

Les travers de la société attirent aussi son attention, comme dans la chanson « Regarde-moi ». Il y aborde le narcissisme dont sont empreints les médias sociaux.

Serge Brideau et Les Hôtesses d’Hilaire roulent leur bosse depuis quelques années à peine, mais ils marquent déjà leur génération.

Paroles bien ficelées, spectacles endiablés. C’est la recette de leur succès. Un succès d’estime, certes, mais qui n’est pas moins louable. N’en déplaise à leurs détracteurs, Les Hôtesses sont les artistes acadiens les plus « rock’n roll » en ce moment.

Pascal Raiche-Noguewww.acadienouvelle.com

Chef de bureau aux affaires publiques de l’Acadie Nouvelle.

Entrevue


Trois membres des Hôtesses d’Hilaire nous parlent de l’écriture de leur dernier album et justifient leur consommation d’alcool qui fait couler les idées à flots, et Serge Brideau nous relate un épisode d’adolescence ayant inspiré leur chanson « Fond de baril ».

Musique

  • Jet Lag
  • Je me souviens des p'tits bouts
  • Boule Boule

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